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L'éducation par la violence

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1 L'éducation par la violence le Sam 10 Mar - 21:06

Sylvie

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Admin
En France, nous sommes victimes de notre culture : frapper une personne âgée est de la maltraitance ; frapper un animal est de la maltraitance ; frapper un enfant, c'est de l’éducation au nom du droit de corriger. 80 % des parents donnent des gifles et fessées à leurs enfants, dont 50 % frappent des moins de 2 ans, selon Gilles Lazimi, coordinateur d'une campagne réalisée par la Fondation pour l'enfance.

Ce droit de correction s'appelle la Violence Éducative Ordinaire.

« C’est pour ton bien », « J’en ai reçues et je n’en suis pas mort », « Elles étaient méritées », « Une fessée n’a jamais tué personne », « Une gifle n'est pas de la maltraitance »...
De génération en génération, on éduque aux coups, punitions et autres humiliations. Comment en finir avec cette éducation archaïque ? Les obstacles sont nombreux.

Notre pays ferme les yeux sur la violence éducative, il adhère aux principes éducatifs que les parents ont eux-mêmes reçus. En France, malgré les études scientifiques démontrant que la maltraitance entraîne de graves conséquences sur le développement de l’enfant et sur son devenir d'adulte responsable, on considère que la fessée est normale et même nécessaire. On punit, on frappe, on humilie les enfants en toute légalité. La société tolère qu'ils soient corrigés de cette manière. Elle en minimise les effets, elle banalise le châtiment parental.

Sauf que... sauf que deux enfants meurent chaque jour sous les coups de leurs parents dans une escalade de corrections, en Suède, zéro enfant.

Il y a une question de force physique et de maîtrise du comportement de celui qui administre la punition. C’est le coup de trop, c'est l'ultime coup. Ce sont des faits divers. On s’en émeut quand l’information ou le procès passe, puis on oublie vite.

Ce que j'en pense :

C’est lâche de frapper un enfant, puisqu’il ne peut que subir et pas se défendre.

Le recours à la fessée, gifle et autres humiliations, démontre le peu de moyen dont dispose celui qui l’administre : langage pauvre pour expliquer à l’enfant ce qui est bien et ce qui est mal, et lui demander de s’y plier ; manque d’imagination ; manque de respect envers l’humain.

En frappant un enfant, on lui prouve que la violence est possible. Il ne l’oubliera pas devenu adulte, il l’utilisera lorsqu’un événement ne lui conviendra pas, à commencer par ses vieux parents qui refusent de lui obéir. Ainsi, la violence est partout dans notre société.

L'éducation par la violence est à l'origine, entre autres, de maladies, d'échec scolaire, de conduites inadaptées, de délinquance et criminalité, de suicides...

La maltraitance a un coût élevé en termes de réparation. Selon une étude publiée par l’association L’Enfant Bleu, 60 % des enfants maltraités gardent le silence à l’âge adulte sur la violence qu’ils ont subie. Notre culture ne les incite pas à dénoncer la maltraitance. « Tu honoreras tes père et mère » et les enferme définitivement dans le silence. Peuvent-ils aller bien ?

Respecter un enfant c’est l’éduquer avec bienveillance. L’éducation bienveillante a du mal à se répandre d’une part à cause de parcours compliqués qu’ont vécus ou que vivent dans la solitude certains parents et qui les rendent fragiles et d’autre part à cause de notre culture qui assoit son autorité sur les coups.
L’éducation bienveillante est pourtant basée sur le respect de l’enfant et les chances d’en faire un homme équilibré.

Aucun comportement d’enfant ne mérite les coups. Toute forme de violence est inacceptable. Pour moi, il n’y a pas de différence entre recevoir une claque et être maltraité. Une simple gifle est de la maltraitance, sinon, ce serait quoi, une caresse ?

Mon expérience d'enfant maltraitée me permet d'affirmer que la violence s'apprivoise, on s'habitue aux coups, l'oreille devient imperméable aux cris, on se forge une carapace, on s'enferme dans une bulle hermétique. Mais cela n'empêche pas d'aller très mal, le mal ronge silencieusement le physique et le mental. Je ne cherchais même pas à savoir pourquoi j'en recevais, il y en avait trop, je les recevais dans l'indifférence totale, donc ils ne servaient à rien.
Un jour, j'ai compris qu'il fallait attendre que l'enfance passe et je me suis projetée sur l'après violence. J'ai appris à ne pas pleurer, à ne pas montrer mes émotions, à présenter un profil lisse. Les larmes jaillissaient à l'intérieur de moi, complètement invisibles.

* * *

En janvier 2017, la France a failli devenir le 52e pays à interdire les châtiments corporels envers les enfants. Des parlementaires Les Républicains ont saisi le Conseil constitutionnel pour en invalider l'interdiction. Elle n'a donc pas rejoint les 21 pays sur 28 que compte l'Union européenne qui interdisent "tout traitement cruel, dégradant ou humiliant".

En mars 2018, à l'Assemblée nationale, une nouvelle démarche est entreprise pour prendre en compte les droits de l'enfant. En effet, Maud Petit, députée du Val-de-Marne, et François-Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône, ont déposé une proposition de loi pour proscrire l'éducation par la violence. Un groupe d'étude "Droits de l'enfant et protection de la jeunesse" est constitué sous la direction des députées Alexandra Louis et Maud Petit.

Les associations qui militent pour le respect des droits de l'enfant, les scientifiques qui sans cesse nous alertent sur les graves conséquences d'une telle éducation, verront-ils bientôt leurs efforts récompensés ? Nos enfants vont-ils enfin être protégés ? Nous en saurons davantage en mai 2018.

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